Tour du monde à vélo : 10000km déjà !!!

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Voilà maintenant plus de 8 mois que nos amis Dav, Nico, Orson et Toots (l’association « A fleur de monde« ) sont partis faire le tour du monde à vélo (cf. mon article juste après leur départ). L’occasion pour moi de faire un petit bilan avec eux de leur aventure, encore loin d’être finie ! En ce moment ils se trouvent en Inde où ils viennent d’être rejoints par 2 nouveaux compères : Nico et Béran.

Les photos de cet article ne sont bien sûr pas de moi pour une fois (dommage…), elles ont été piochées dans leurs nombreux albums Picasa, disponibles à partir du site. J’ai eu beaucoup de mal à les sélectionner tant il y en a, je vous conseille vivement d’aller y jeter un œil, c’est un vrai régal, un total dépaysement !

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Petit récapitulatif de ces 8 mois sur la route :

– Nombre de km parcourus : 10 038
– Pays traversés : France, Italie, Slovénie, Croatie Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Albanie, Macédoine, Grèce, Turquie, Iran, Turkménistan, Ouzbékistan, Kirghizstan, Chine, Pakistan et Inde.
– Nombre de pneus crevés : Environ 20, 0 pour Dav.
– Argent dépensé : Environ 2500€ par personne.

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Anne-Sotte : Coucou les mecs, voilà déjà 8 mois que vous êtes sur la route, comment ça va ?!?

Dav : Ça va comme sur des roulettes ! On a passé la phase d’adaptation au voyage constituant à s’habituer à rencontrer des gens tous les jours, mais plus dur : de les quitter ! On commence à savoir dormir un peu partout sans rechigner. Donc c’est très très positif comme bilan.

Les autres (ils n’étaient pas ensemble au moment de répondre) : Toujours à fond, toujours aussi motivés ! 8 mois d’un voyage intense, c’est long en restant passionnant. Heureusement car on avait prévu de voyager environ 2 ans au total, donc 8 mois ce n’est qu’un bon début.

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Anne-Sotte : Sur tous les pays traversés, lequel vous a le plus plu et pourquoi ?

Dav : Pour ma part c’est indubitablement le Pakistan. On ne savait vraiment pas à quoi s’attendre et dès les premiers instants jusqu’à la dernière minute ce fût comme de voyager sur un nuage où l’humanité serait parfaite : accueil, désintéressement total de notre couleur de peau et de l’argent qu’on peut avoir dans les poches. Les paysages sont magnifiques et les fruits, céréales et légumes qu’ils y font pousser dessus sont excellents. Et pour inciter les plus frileux, c’est pas cher. Le consul nous l’avait bien dit en nous délivrant nos visas : « don’t care what they said, just enjoy food, landscape and good people ».

Les autres : Difficile de répondre, chaque pays est différent avec de bons et de mauvais côtés. On peut dire globalement que ceux qui nous ont le plus plu sont ceux qui nous ont le plus surpris ; ceux qui ont une mauvaise réputation. L’Albanie et le Pakistan sont un bon exemple.

Avant d’arriver en Albanie, on nous disait qu’il ne fallait pas rouler de nuit car les flics sont corrompus, et les gens volent les plaques d’égouts pour les revendre au prix du métal tellement ils sont pauvres. Mais on n’a eu aucun souci, et on a découvert un pays peuplé d’albanais gentils et toujours prêts à aider en cas de problème. En Albanie, les problèmes semblent ne pas exister !

Pour le Pakistan, les informations internationales font passer les pakistanais pour des terroristes. Mais les Pakistanais ont un cœur énorme, toujours prêts à rendre service, à aider, ils sont presque trop aimables. Il est très émouvant de voir un peuple entier conscient d’être prisonnier d’une telle réputation qu’il ne mérite pas.

Mais il faut relativiser car l’impression qu’on a d’un pays dépend aussi des pays précédent visités, surtout des habitudes qu’on a prises et qui sont à oublier. Après presque 1 mois et demi en Turquie on a eu beaucoup de mal à s’adapter à l’Iran pour finalement bien apprécier ce pays. Et après 2 mois en Asie centrale on n’a pas eu assez de 15 jours en Chine pour s’y adapter. Quand on ne s’adapte pas à un pays on y voyage mal et on en garde une mauvaise impression ; mais ce n’est pas le pays qui est a mettre en cause, c’est nous !

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Anne-Sotte : Je suppose que vous avez fait énormément de rencontres enrichissantes, laquelle vous a le plus marqué ?

Dav : Je pense pouvoir répondre sans me tromper et sans détour qu’il s’agit de Hadi. Ce jeune iranien érudit complètement fan de français (sans pour autant vouloir quitter son pays a l’époque de notre rencontre). Il nous a rencontrés dans la rue en nous entendant baragouiner français et nous avons passé une dizaine de jours inoubliables avec sa famille et lui. J’espère très sincèrement que vous aurez aussi la chance de rencontrer cet être hors du commun.

Les autres : Encore une fois difficile de répondre pour élire la meilleure rencontre. Toutes les rencontres apportent quelque chose de différent. Certaines sont fortes, intenses, touchantes et même émouvantes, d’autres sont amusantes et drôles, d’autres encore sont fascinantes car on se comprend parfaitement sans parler de langue commune.

Peut-être que la plus touchante fût en Chine à Kachgar ou un Ouïgour nommé Kerimjan s’est proposé de nous héberger. A 2h du matin la police fait irruption dans la minuscule chambre de ce prof d’Anglais, nous expédie à l’hôtel pour touriste et cause de gros ennuis pour Kerimjan. La Chine ne veut pas que la population locale (Ouïgour) se mélange aux étrangers. L’innocent Kerimjan a eu de gros ennuis juste parce qu’il a le cœur sur la main. La situation est identique au Tibet mais n’occupe pas le devant de la scène médiatique internationale. Les Ouïgours subissent l’oppression Chinoise et toute la planète l’ignore.

Pour les rencontres drôles, au bout de quelques jours de voyage, il y a eu l’adjoint au maire d’une commune française qui nous a dit en nous quittant « vous n’avez pas fini d’en chier dans le désert ! ». Au Pakistan, un homme nous a invité au thé, et pour insister, il nous a dit « Don’t worry I’m Christian » ! Et puis il y a les Ukrainiens. D’abord Eigore à l’ambassade du Pakistan de Tashkent en Ouzbékistan, il nous explique qu’après avoir tenté de suivre des études il a abandonné, puis après une expérience professionnelle traumatisante il a compris que le travail n’était pas pour lui non plus. Il a ensuite passé six mois dans un canapé avant de partir en stop vers l’est, son objectif étant d’aller manger des bananes sur la plage en Inde. L’autre Ukrainien on ne lui a pas parlé, on l’a juste croisé en vélo au Pakistan, il avait environ 35-40 ans. Il voyageait avec un sac poubelle sur un mini vélo pliable sans vitesse, il se dirigeait vers un col à 4700m, avec le sourire crispé de ceux qui ne savent que triper dans la vie.

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Anne-Sotte : Il semble que vous trouviez très souvent hospitalité chez les gens, pensiez-vous être aussi bien accueillis ?

Dav : Oui et non. Selon les pays c’est plus ou moins facile. Et nous avons développé différentes techniques pour y parvenir. Nous pensions peut-être traverser plus de contrées désertiques. En tous cas ce n’est que du bonheur de savoir que l’on peut autant compter sur l’espèce humaine !

Les autres : Lors d’un si long voyage, il est important de partir avec peu d’à priori, et de vivre au jour le jour au grès des rencontres. On n’avait donc aucune attente par rapport à l’hospitalité des locaux. Néanmoins, on était conscient que l’hospitalité dans les pays à majorité musulmane était bien différente de ce qu’on connaît en Europe. L‘étranger est en effet considéré comme un « envoyé de dieu » dans certains cas. On s’attendait donc un peu a trouver cette hospitalité, mais la vivre réellement est une expérience unique et inoubliable. Leur gentillesse et leur accueil nous ont tous beaucoup touché et impressionné. Nous avons été agréablement surpris de hospitalité en Europe, comme en France, en Italie, et en Grèce.

On s’est rendu compte dès le premier jour du voyage que la portée de notre projet ouvrait facilement des portes.

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Anne-Sotte : Côté physique, pas trop dur de tenir le coup ?

Dav : Le plus dur ce n’est pas forcément la distance mais les intempéries : une bactérie sur la route ou un mauvais virus en fin de virage. Nous n’avons jamais été moins malade qu’à l’air libre.

Les autres : Faire du vélo tous les jours est de loin la partie la plus facile du voyage. Camper, subir une météo pas toujours favorable, répondre sans arrêt aux mêmes questions, maintenir la cohésion du groupe : c’est bien plus dur parfois !

Mais c’est vrai qu’une certaine fatigue s’accumule quand on en fait trop pendant trop longtemps, et c’est pire quand des soucis de santé viennent se rajouter. Mais ce n’est pas le plus dur à gérer. Le repos suffit, il faut prendre le temps se l’accorder même si l’envie d’aller toujours de l’avant prend parfois le pas.

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Anne-Sotte : Qu’est-ce qui vous manque le plus ?

Dav : Le fromage et le pinard… je plaisante ! La famille évidemment.

Nico : Famille et amis me manquent énormément, de la stabilité aussi. Un voyage comme celui-ci fait rentrer dans un mode de vie hors du commun. Je n’ai plus rien à part mon vélo et les affaires qu’il peut transporter, et je me sens chez moi nulle part et partout à la fois. Impossible de dire que ce sont des vacances car on est toujours très actif ; et impossible aussi de dire que c’est un travail car on n’est pas payé : C’est un projet !

Toots : Famille, amis et copine me manquent beaucoup. La raréfaction de ces contacts humains est le principal sacrifice de ce voyage. Garder un contact proche par Internet et téléphone est primordial pour la bonne suite du voyage. De plus, j’ajouterai que la nourriture peut aussi être une source de manque. La découverte de la nourriture locale est une expérience inoubliable mais manger une fade soupe de mouton matin, midi et soir m’a fait vite prendre conscience de la richesse culinaire française. Néanmoins, ce manque ne fût que dans certains pays : la Grèce, la Turquie et l‘Inde ont une cuisine remarquable. Finalement, un autre manque serait la vie culturelle, comme assister à des concerts. Seul deux occasions se sont présentées à nous depuis le départ, à Tashkent puis à Bishkek.

Orson : Les moments passés en famille, les discussions interminables avec les amis sédentaires, jouer du piano et l’accès à tout un tas de choses intéressantes de notre mode de vie occidental auquel on a eu finalement rarement accès lors de notre voyage (expos, concerts, festivals, etc…).

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Anne-Sotte : Vous êtes désormais 6, dont une fille, pensez-vous que cela va changer votre façon de voyager ?

Dav : Une fille n’a pas les mêmes besoins qu’un gars. Il s’agit juste d’adapter nos objectifs et nos décisions par rapport au groupe. Un peu de mixité ne peu apporter qu’un peu plus de légèreté au groupe.

Les autres : Six personnes c’est beaucoup ! Et on sait d’expérience que plus on est nombreux plus il est difficile de s’entendre, de viser ensemble un but collectif.

Chacun a pris ses habitudes, et ses marques dans le groupe. L’arrivée de Béran et Nico va inévitablement changer la manière de voyager. Ce sera un départ pour eux et un nouveau départ pour nous. Il faudra donc de part et d’autre s’adapter pour maintenir un projet commun (c’est le plus délicat), et c’est comme cela que leur arrivée va insuffler une nouvelle dynamique au projet.

Le fait d’avoir une fille dans l’équipe ne peut apporter que du bon à tout point de vue. Quand on est que entre « mecs », on sent bien que l’équilibre n’est pas là. Et puis le rapport avec les gens que l’on rencontre n’est pas le même si on est un gars ou une fille. Béran percevra les rencontres de manière différente, retiendra d’autres choses ; ses impressions seront précieuses pour nous, mais aussi pour vous avec qui nous partageons l’aventure.

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Anne-Sotte : Est-ce qu’il vous arrive de penser déjà à votre retour, comment envisagez-vous la suite après une expérience si intense ?

Dav : A peu près tous les jours… Mais il n’y a pas de réponse évidente à donner. Ce sera un autre challenge pour chacun de nous de nous réinsérer dans la vie sociétale. Cependant avec une expérience de la liberté comme nous l’avons aujourd’hui, j’appréhende de la frustration mais assez de recul pour y palier. Comme on dit souvent : « on verra… ».

Les autres : On pense au futur depuis le moment où on a décidé de tout plaquer pour partir. Partir pour un projet aussi long, c’est mettre un terme à une vie pour en démarrer une nouvelle, inconnue, sachant qu’une troisième vie nous attend au retour dont on ne peut rien imaginer. Rien n’est sûr.

Même si on a tous un diplôme d’ingénieur en poche, on a chacun des expériences professionnelles différentes, des envies différentes, et des personnalités différentes. Mais d’un autre côté ce break marque une occasion de se réorienter. En fait ça ne sert à rien de penser à tout ça, même si c’est inévitable.

On en parle en rigolant : Orson aménageant une roulotte accrochée à sa diane, Nico à Corn dans le Lot vivant dans une tente ou une grotte, … On reste conscient qu’il sera difficile de revenir à un mode de vie classique.

Tout est possible, à l’image de ce projet !

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Anne-Sotte : Et le projet de récolter les pratiques durables ?

Tous : On peut dire que ce projet à été mis de coté sans être oublié. Dans de nombreux pays les durées de visa ne permettaient pas de faire des recherches. Et dans beaucoup de pays la barrière de la langue empêche d’approfondir un sujet si complexe. Trouver le minimum vital (nourriture, eau et toit) est déjà un effort quotidien.

Et puis dans de nombreux pays traversés, la nature est au service de l’homme à court terme. On s’est aussi aperçu que le respect de l’environnement est un concept qui existe surtout dans les pays riches. D’abord on cherche à survivre, puis ensuite, si on a assez on commence à se soucier de l’avenir, de la santé de la planète. Dans le monde entier, les gens consacrent d’abord leur énergie à avoir le minimum pour eux et leurs proches, puis s’il arrivent à la suffisance il se préoccupent du reste. C’est exactement comme notre recherche de pratiques durables : d’abord on fait survivre le projet, et ensuite on s’occupe des pratiques durables si possible.

Nous avons aussi fait l’erreur de sous estimer le temps qu’il fallait pour collecter ce genre d’information : 2 ans de voyage ne laissent la place qu’au vélo, 4-6 ans seraient plus réalistes pour se donner le temps de creuser les sujets et faire les détours nécessaire pour aller là où l’information se trouve.

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Anne-Sotte : Quelque chose à rajouter sur ce voyage ?

Dav : Un énorme merci a ceux qui nous suivent, qui nous supportent et nous écrivent. Sans eux nous n’aurions pas réalisé cet exploit si facilement. Et pour ceux qui n’ont qu’une semaine de vacances et qui pensent qu’on est des sur-hommes de voyager a bicyclette, tentez l’expérience vous-même, vous serez je l’espère agréablement surpris de vos propres capacités !

Les autres : On est bien content d’avoir pris la décision de partir, malgré tous les sacrifices à fournir. Une fois sur la route, le projet est lancé, il n’y a qu’à regarder de l’avant.

On n’a aucun regret d’être parti pour cette aventure humaine unique. C’est aussi une expérience de groupe enrichissante car on reste tout le temps ensemble dans les pires moments comme les meilleurs.

On est ravi de partager cette expérience sur notre site Internet avec tous ceux qui le veulent.

Anne-Sotte : Merci beaucoup de m’avoir accordé un peu de temps pour cette interview, j’espère que vous serez partant pour qu’on refasse un point ensemble d’ici quelques mois et quelques km dans les pattes…

Quant à vous qui lisez ceci, allez visiter leur site afleurdemonde.free.fr , on y retrouve chaque semaine le récit détaillé de leurs aventures ! Et n’hésitez pas à leur laisser quelques commentaires d’encouragement !

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